Qui est Gianfranco Soldera ? Portrait d'un vigneron de Toscane
Origines, formation et parcours
Formation viticole et œnologique
Gianfranco Soldera naît le 29 janvier 1937 à Trévise, en Vénétie. Sa famille s'installe à Milan alors qu'il n'a que trois mois. C'est dans cette ville qu'il construira sa vie professionnelle, et c'est depuis elle qu'il regardera, pendant des années, vers le Sud, vers la Toscane, vers quelque chose de plus essentiel.
Il n'a pas fait les grandes écoles du vin. Pas d'École nationale supérieure d'agronomie, pas de formation formelle en œnologie. Ce qu'il apprend, il l'apprend en cherchant. Dans les années 1960, il fonde l'une des premières compagnies de courtage d'assurance en Italie, une activité qu'il exercera jusqu'en 2003. En parallèle, il lit, observe, déguste, et commence à scruter les terroirs italiens à la recherche d'un site qui correspondrait à ce qu'il pressent.
En 1969, il entame ses recherches de terrain, d'abord au Piémont. En juin 1972, Gianfranco et son épouse Graziella découvrent le Podere Case Basse, à l'extérieur de Montalcino. En août de la même année, l'achat est finalisé. Une vie nouvelle commence.
Rencontres et mentors déterminants
Le parcours de Soldera aurait pu rester celui d'un passionné amateur. Il prend une tout autre dimension grâce à une rencontre décisive : celle de Giulio Gambelli, figure tutélaire de la vinification toscane et consultant œnologue de référence pour le Sangiovese. Gambelli lui transmet une philosophie du vin fondée sur la précision à la vigne, le respect des équilibres naturels et la patience à la cave. Cette influence se lit dans chaque millésime de Case Basse.
« Faire du bon vin, c'est la seule chose qui compte pour moi. D'ailleurs, c'est ce qui me passionne depuis toujours. Je me souviens encore très bien qu'à la maison, il n'y avait que du bon vin à table. Bien manger et bien boire, c'est dans la famille ou pas, ça ne s'apprend pas au restaurant. » - Gianfranco Soldera
La philosophie et les valeurs du domaine
Vision du métier de vigneron
Soldera a une vision du vin qui ne s'encombre pas de compromis. Il cherche « l'élégance, l'équilibre, le plaisir, les arômes et surtout la longévité ». Ces mots, il les a répétés inlassablement. Ils ne sont pas une posture. Ils sont le cahier des charges de chaque millésime produit à Case Basse.
Cette exigence va jusqu'au bout : en 1989, il abandonne totalement la production de l'année, estimant que la qualité des raisins ne correspond pas à son niveau d'attente. En 2002, l'équipe sélectionne les raisins grappe à grappe, puis baie par baie. Résultat : 6 000 bouteilles produites.
« Ce type de sélection est quelque chose que seule une petite winery dédiée à la qualité absolue peut se permettre de faire. » - Gianfranco Soldera
Engagement environnemental et éthique
Case Basse n'est pas un domaine au sens classique. C'est un écosystème. Graziella Soldera, botaniste et épouse de Gianfranco, a joué un rôle central dans la construction de cet environnement vivant. Aucun herbicide, aucun produit chimique. La fertilisation est exclusivement organique. Les traitements se limitent au cuivre, au soufre, à la bouillie bordelaise et à la propolis, et le dernier traitement n'est jamais réalisé après le 25 juillet.
« Si vous n'avez pas un terroir, un sol et un écosystème naturel de qualité, il est impossible d'obtenir un grand vin. » - Gianfranco Soldera
Le domaine n'affiche pas de certification biologique formelle. Il n'en a pas besoin pour dire ce qu'il est.
Place dans la communauté viticole locale
Soldera a entretenu avec le Consorzio del Brunello di Montalcino un rapport tendu, qui s'est terminé par sa sortie de l'appellation en 2006 pour revendiquer une liberté totale dans sa production. Sa détermination et la foi qu'il porte au Sangiovese l'amènera à dénoncer les pratiques de certains vignerons de la région qui coupaient les vins avec d'autres cépages. Cela déclenchera un scandale en Italie connu sous le "BrunelloGate". Article très intéressant à lire sur le site The Beauty and The Taste.
En 2010, il crée un prix international pour financer la recherche sur le Sangiovese, en collaboration avec l'Accademia dei Georgofili. Une façon singulière de contribuer à l'appellation qu'il a choisie de quitter administrativement, tout en restant profondément attaché à son avenir.